Comment ne pas penser, en regardant ses sculptures, à l’influence des arts primitifs et des grands sculpteurs abstraits de la génération de Jean Arp puis d’Antoine Poncet ? Eliane, une belle femme aux yeux de chat, explique surtout avoir cherché à exprimer sa personnalité et poursuivre un passionnant travail sur la ligne. Elle la traque, elle la capte avec une passion toujours renouvelée. Son parcours a débuté comme architecte d’intérieur après des études à l’Union Centrale des Arts Décoratifs, puis en travaillant dans les ateliers de la DAC où elle apprend les techniques de la taille sur bois et de la fonderie d’art. Cette artiste aime le volume et la masse, le jeu des contours et des formes et propose des sculptures qui invitent à tourner autour. Elle a d’ailleurs réalisé de nombreuses commandes pour les jardins, un espace où la sculpture trouve une vivance plus organique.
L’œuvre d’Eliane d’Orfond révèle sa prédilection pour trois thèmes : les têtes, Icare et les silhouettes. Captivée par le mythe de l’homme volant, elle n’hésite pas à jouer avec les lois de l’apesanteur en suspendant des figures très épurées au bout d’un fil de fer. A la fois ludiques et essentielles, les formes sont abstraites du réel pour parvenir à l’essence du mouvement. On appréciera aussi les séries très décoratives de petites têtes en terre épinglées sur des fonds de toiles vierge, développées en série, comme des bijoux minuscules et ancestraux. Le prochain défi d’Eliane sera de s’attaquer à des grandes tailles de marbre, et d’explorer le thème du poisson, un motif sinueux qui devrait satisfaire son penchant naturel pour la ligne et l’espace.
Claire Maingon - www.leblogart.com
Au fait, d'où vous vient-elle cette urgence tactile qui pousse vos doigts à courir de terre en terre pour faire danser l'inerte? Sans doute d'une mystérieuse affinité (secrète) entre "lux" lumière enfouie de la masse avide de vie, et "lumen", lumière en acte de votre oeil, déjà prêt au ciseau.
Quand à moi, je ne puis qu’imaginer l’intimité de la substance, toutes ces particules en folie, soudain surprises dans leurs sabbats par la gouge ou le poinçon et sommées de se plier aux improbables combinaisons de la main rageuse de l’artiste.
Songeant à ces galaxies de l’infinitésimal ainsi mises au pas, l’envie m’est venue, irrésistible, de te surnommer affectueusement "la dompteuse d’étoiles".
V.R.
